Un peu d’archéologie à Vizzavona

Sentier archéologique de Vizzavona

Le temps n’est pas toujours clément et il faut savoir s’adapter. En route donc entre deux averses pour une courte promenade au coeur de la forêt de Vizzavona dont je vous ai déjà largement parlé. La promenade s’articule autour d’une découverte archéologique faite en 1911 : une grotte présentant des traces de vie au Néolithique et Néolithique ancien.
Si le chemin est sans difficulté il n’est pas pour autant sans intérêt. Outre le but de la balade (la grotte), on profite de cette magnifique forêt et de ses immenses pins laricci. On passe plusieurs fois à proximité du Vecchio (rivière), on le traverse également grâce à des ponts en pierres ou en bois. Bref une jolie petite balade que l’on peut faire avec toute la famille.

Voici les explications que l’on trouve sur place :

« L’Abri Southwell

Au début du siècle, Charles Forsyth Major, un amateur anglais éclairé, membre de la Société Royale de Londres, parcourt la Corse à la recherche de son patrimoine paléontologique et archéologique. La fille du vice-consul de Grande-Bretagne à Bastia, Mme Edith Southwell-Colucci l’accompagne fréquemment dans ses prospections. Elle se consacre au classement de ses trouvailles, lui sert de photographe. En 1911, Forsyth Major découvre le site de Vizzavona. Il lui donne le nom de son amie.

Cet abri sous roche fut l’un des premiers sites préhistoriques recensés en Corse. Il a livré des vestiges céramiques et lithiques, avec notamment de très nombreuses pointes de flèches, qui témoignent de son occupation au Néolithique et en particulier au Néolithique ancien (VIème et Vème millénaire).

Le Néolithique est une période de changements importants, fondé sur la pratique de l’élevage et de l’agriculture. Les hommes vont passer du statut de prédateurs à celui de producteurs, en devenant éleveurs et agriculteurs. Cela implique une plus forte cohésion des groupes humains. Ces activités, dans le cadre d’une vie sédentaire, entraînent un nombre important d’innovations techniques : la céramique, le polissage de la pierre, le tissage de la laine,… mais aussi la gestion par sélection des troupeaux, les premiers fonctionnements d’une économie d’échanges.

En plein coeur de l’île, dans un vaste massif forestier, l’abri se situe dans la vallée du Vecchio, au niveau d’une importante voie de passage permettant les échanges entre l’intérieur et le littoral, les côtes orientales et occidentales, le nord et le sud de la Corse. Il se situe également sur un axe de transhumance.

 

L’intérieur de la cavité principale présentait des excavations sur plusieurs niveaux. Les fouilles n’ont pas permis de retrouver les structures d’habitations. L’exiguïté de l’espace intérieur laisse supposer que seul un petit nombre d’individus pouvait fréquenter cet abri. On peut cependant penser qu’il était fermé et aménagé de façon à répondre aux besoins de ses habitants.

À Vizzavona, les hommes pouvaient, tout en gérant leur troupeau grâce à la proximité d’alpages, profiter des nombreuses ressources offertes par le milieu forestier. La faune et les poissons des nombreux cours d’eau devaient constituer un apport alimentaire non négligeable. Les fruits de certains arbres (faines des hêtres, glands des chênes, pignes des pins Laricciu), les baies (celles du houx sont comestibles après cuisson, celle du sureau noir, de l’arbousier, de l’aubépine, mûres…), les herbes ou autres plantes (fraises des bois, ail sauvage …), mais aussi les tubercules et les champignons ont pu être consommés.

La population devait être d’ailleurs essentiellement pastorale car les terres cultivables sont peu nombreuses et soumises à un climat rude l’hiver. L’abri servait sans doute d’habitation saisonnière durant l’été dans le cadre de la transhumance des troupeaux.

Le choix de ce lieu prouve que les hommes n’avaient, à cette époque, aucune préoccupation défensive. Il s’agit davantage d’une utilisation opportuniste du milieu. Plusieurs autres abris rocheux, nés de l’éboulement et de l’accumulation en contrebas des blocs issus de l’ancienne moraine du glacier du Monte d’Oro, ont pu ainsi être occupés.

La majeure partie des objets découverts a été dispersée. Les collection sont partiellement conservées au musée de la Préhistoire de l’Université de Florence et au musée Luigi Pigorini à Rome. On peut également observer quelques rares éléments aux musées de Sartène et de Bastia. »

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