Mais où est le troupeau?

La Corse est riche en promenades et randonnées pour les amoureux de la montagne, et même si je ne peux pas dire que j’en suis un, j’aime parcourir les sentiers et les forêts sans mon destrier qui malheureusement pour lui, ne peut pas quitter son tendre bitume. Sans quoi, vous vous en doutez, jamais je ne mettrais le pied à terre.
Aux alentours du col de Vizzavona (dont nous avons déjà parlé) se trouve un bon nombre de départs de randonnées en tout genre. La forêt de Vizzavona est riche et attrayante pour ce genre d’activités et nous fait découvrir beaucoup de merveilles. C’est toujours grâce à mon fidèle guide vert Michelin que j’ai trouvé (par hasard???) une randonnée correspondant à mes critères : pas trop longue, pas trop dure mais néanmoins très belle! Pour ne pas rater une nouvelle fois le déjeuner, je me suis muni d’une bouteille d’eau fraîche et d’un plan plus ou moins précis de la randonnée trouvé sur internet. Me voilà donc en route pour “Le sentier de la Madonuccia”.

Après quelques difficultés pour trouver le départ (très mal indiqué) de ce fameux sentier, je croise un couple de randonneurs qui ont le plaisir de m’annoncer qu’avant d’arriver au dit sentier, il y a approximativement 350 mètres de dénivelé… ça commence bien, heureusement cette fois j’ai de l’eau! Au fur et à mesure de mon ascension, je remarque que tout n’est que boue séchée, plantes et arbres arrachés et que le chemin est difficilement repérable. En souvenir de ma dernière aventure, je commence à me poser des questions quant aux bonnes intentions de l’étoile qui est sensée me guider… Finalement le décor change petit à petit et de clairière en clairière me voilà arrivé à un premier plateau. Au loin, après quelques arbres, je distingue une grande plaine de maquis traversée par un petit ruisseau dont j’entends le chant; Et aux abords de la forêt, des cabanes de pierre, plus communément appelée “cabanes de bergers”. Je pense tout d’abord, au vue de l’état de certaines habitations, que cette bergerie est définitivement abandonnée mais tout à coup, le son des cloches de vaches résonne dans toute la vallée. Je cherche, j’observe, mais impossible de savoir d’où provient le bruit, mais à mon avis, il y a un bon troupeau d’une cinquantaine de vaches!

Non point par peur ou par manque d’assurance face à un retour éventuel des colocatrices de cette bergerie, je décide de reprendre le sentier en direction de la colline qui se dresse juste en face. Encore une fois, la pente est raide mais le spectacle est cette fois merveilleux. Partout autour de moi, du maquis ras qui dégage toutes sortes d’odeurs plus agréables les unes que les autres. Un ballet constant de petits papillons bleus suit mon ascension tandis que le son des cloches continue de se rapprocher. Arrivé au sommet, la fatigue se fait vraiment sentir, j’ouvre mon sac et me délecte de mon eau… chaude… mais en relevant les yeux c’est l’apothéose! Une vue inoubliable s’offre à moi sur ce qui pourrait être le cœur d’un cercle de pics montagneux.
En face, au loin, je distingue une roche qui se détache du maquis, par curiosité je zoome avec mon appareil et photographie ce drôle de rocher. Après avoir pris mon temps pour admirer le paysage je me rends compte qu’il n’y a plus de sentier. Là, je ne comprends pas, la promenade se terminerait donc en haut de cette colline? La madonuccia serait donc le nom de la bergerie?? Pour ne pas revivre les précédentes expériences, j’accepte la chose comme ceci et entreprends de redescendre vers la bergerie.

Non sans mal, je retrouve le chemin de la descente, mais là, au loin, j’aperçois une vache solitaire qui se dirige vers la bergerie. Certainement une éclaireuse de cet immense troupeau dont j’entends les échos depuis mon arrivée sur le plateau. J’accélère le pas afin de ne pas avoir à affronter une horde de vaches surentrainée aux sports d’intervilles! J’étais presque arrivé en bas de la colline quand deux autres vaches sont sorties de la forêt par le même sentier que la précédente. Elles se dirigent dans la même direction que moi. Je décide de m’arrêter là et de laisser passer le troupeau. J’en profite pour les filmer et immortaliser le moment. C’est alors que je me rends compte que tous les bruits de cloches se situent à présent en face de moi… ce que je prenais pour un troupeau d’une cinquantaine de vaches n’était en fait que trois pauvres vaches égarées. Oui, je vous rappelle que je ne suis qu’un parisien perdu dans le maquis!

Suite à cela je suis redescendu et je suis même arrivé à l’heure pour le déjeuner. Dans la soirée mon ami s’intéresse à ma promenade du matin et me demande le nom de cette randonnée. Il me raconte alors ses aventures et me dit qu’il y a longtemps il avait essayé de rejoindre la madonuccia mais qu’il n’avait pas réussi. Étonné je lui dis que moi j’y ai été et, preuves à l’appui, je lui montre mes photos. C’est dans un éclat de rire qu’il m’explique alors, que la madonuccia est en réalité le nom donnée à la vierge en Corse… et que le sentier s’appelle ainsi car le rocher que j’ai négligemment photographié n’était autre qu’un monticule naturel très célèbre pour sa ressemblance avec une statue de la vierge.

Papa, sors de mon esprit…

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