Cervioni

Un après-midi en Castagniccia

Voilà un endroit où je n’ai pas eu l’habitude de vous emmener. Forcement, d’Ajaccio, c’est un peu loin. Alors pour changer, je ne vais pas vous parler d’un endroit en particulier, mais d’une (ou deux, trois ?) micro-région !

Changement d’endroit, changement de méthode ! Cette fois, sans pour autant vous dire de “ranger les chaussures de rando”, notre promenade se déroulera principalement en voiture.

La Corse en voiture (ou en moto !) c’est parfois tout aussi beau et cela nous permet de découvrir beaucoup plus de choses dans la même journée.

Je ne vais pas vous faire le détail du parcours, ça serait un peu long ! En revanche je vous l’indique en dessous, sur une carte, avec les points d’intérêts que j’ai noté. Mais… il y en a plein d’autres !

La Casinca

La CasincaHabitée depuis l’antiquité, elle devient à la Renaissance l’un des principaux foyers culturels de l’île.
Castellare-di-Casinca, Loreto-di-Casinca, Sorbo, Ocagnano, Penta-di-Casinca, Porri, Venzolasca, Vescovato, villages perchés, dotés d’un remarquable patrimoine architectural, sont autant de belvédères sur la plaine et l’archipel toscan. Terre d’agriculture, elle est aujourd’hui encore le verger de la Corse.

De mon voyage je retiens, dans le désordre, de magnifiques bâtisses religieuses dont la richesse des éléments de décoration extérieur et intérieur laissent sans voix. Des panoramas à couper le souffle sur la mer Tyrrhénienne, sur le barrage d’Alesani, et sur les plaines et villages intérieurs. Les routes sinueuses qui traversent parfois des sites somptueux et inattendus, ou encore des grottes et des corniches. Les cascades et les sites de baignades nous font regretter de ne pas être venu en été !

Bref, c’est splendide !

Tout au long de votre route, des panneaux sont à votre disposition pour expliquer l’histoire des lieux et des villages. C’est très instructif, mais il faut avoir le courage de se garer toutes les dix minutes. Des parcours sont mis en place, notamment à San Nicolao pour en apprendre plus sur les oiseaux qui vivent dans les environs. Je vous recommande vivement de faire une halte sur ce parcours à la cascade de l’Ucelluline (l’oisillon en Corse) près du tunnel de Bucatoggio, creusé dans la roche.

L’Ucelluline

Cascade de l'Ucelluline

De nombreuses espèces animales et végétales vivent et se reproduisent sur le site. Les oiseaux, et en particulier l’hirondelle des rochers, ont élu domicile dans les failles et creux des escarpements rocheux de la cascade.
Leur nombre est tel en période de nidification, que la cascade a été nommé “Ucelluline”, oisillons en langue corse.La cascade est le point d’orgue d’un ensemble remarquable. La route en contrebas est soutenue par un pont de 17 mètres de hauteur datant du 19ème siècle. Taillés à même la roche schisteuse, deux tunnels sont les gardiens des lieux. Ils sont également la jointure reliant la Costa Verde à l’Alisgiani.

Sur votre route, une autre cascade sera visible après une dizaine de minutes de marche, à Carcheto. En rejoignant l’église (qui est splendide) des panneaux indiquent le chemin à suivre pour faire trempette aux pieds de la cascade de Struccia.

Encore plus loin, vous pourrez faire un détour aux ruines du Couvent d’Orezza. Les parcourir est interdit mais, situées en bord de route, vous pourrez observer et vous imprégnez du lieu. C’est émouvant !

En redescendant, vous passerez devant la source des célèbres eaux d’Orezza ! Des visites sont organisées dans l’usine (contactez l’office de tourisme). Mais déjà, à l’entrée, une fontaine fait jaillir de l’eau ferrugineuse qui laisse partout des traces ocres. Attention les enfants seront tentés d’en repeindre l’intérieur (voir l’extérieur) de la voiture…

Cervioni Cervioni

Sur le retour, plusieurs édifices religieux sont visibles, en ruine ou en bon état. Le jeu est de les trouver ! Arrêtez-vous également à Penta-di-Casinca, un village classé qui ne manque pas de charme et de surprises !

Pour terminer, je dirais que je devrais plus souvent me rendre dans ce recoin de la Corse, qui ne ressemble finalement pas à celle que je connais.

Cliquez-ici pour agrandir la carte.

De l’histoire du Couvent d’Orezza

Haut lieu de l’identité corse, le couvent d’Orezza a été édifié en 1485 par les mineurs observantins qui l’ont ensuite cédé aux Réformes. L’église San-Francescu (33 mètres de long, 11 de large), qui était pavée en carreaux et entourée à l’Est d’un bosquet d’yeuses, et comprenait 6 chapelles et le maître-autel, y a été construite par les franciscains.
Elle est tombée en ruines à partir de 1832, date à laquelle elle a été vendue 1025 lires à des particuliers, et les terres environnantes en 1828 pour 4600 lires. Plus tard, le presbytère, le couvent, l’oratoire, les terres restantes et les châtaigniers ont été cédés, également à des particuliers, pour 9200 lires.

Archives Couvent d'Orezza Archives Couvent d’Orezza

Ce couvent a joué un rôle considérale dans l’histoire de la Corse au XVIIe siècle : en 1731, il a abrité la fameuse réunion des théologiens qui ont proclamé, sous condition, la guerre contre les Génois “juste et sainte”; en 1735, y a eu lieu la proclamation du “Gaverno separato” (de gênes) et celle de l’Immaculée Conception Reine de la Corse; en 1757n 1761 et 1765 notamment, Pascal Paoli y a séjourné afin de descendre à la source d’Orezza prendre les eaux; en 1790, à son retour d’exil, après avoir été acclamé par la grande “Consulta” des corses qui lui ont conféré les pleins pouvoirs : président du conseil général et commandant en chef des gardes nationaux.

Après son abandon, l’église sert de cimetières puis d’écurie aux gendarmes. Dans ses dépendances, les 4 dortoirs pavés d’ardoises, une cuisine dans laquelle jaillit une source d’eau vive, un long bâtiment annexe à usage divers : on y avait même installé vers la fin du XIXe un bistro et une boite de nuit.

Pendant la seconde guerre mondiale, les occupants italiens avaient fait du couvent un dépôt de munitions qu’ils ont fait sauter à l’approche des Allemands venus occuper le canton en septembre 1943. Les dégâts furent considérables, et ce qui amena les pouvoirs publics à refuser le classement du couvent en monument historique, ni même à l’inscrire à l’inventaire.


Illustration de la rencontre Paoli Bonaparte au couvent d'Orezza. Oeuvre du peintre Varese visible au musée de Morosaglia Illustration de la rencontre Paoli Bonaparte au couvent d’Orezza. Oeuvre du peintre Varese visible au musée de Morosaglia

San Francesco di Piedicroce d’Orezza est un bâtiment conventuel des franciscains réformés. Comme tous les édifices franciscains corses, il a servi, d’église, de cimetière, de lieu de réunions aussi. C’est là que se déroulaient les principales réunions politiques des révolutions de Corse, dites consulte, où se traitaient les sujets les plus importants du moment.

C’est ainsi là que se tint la grande réunion dite des théologiens en mars 1731 qui décidé qu’il était légitime de se révolter si le gouvernement génois était déclaré tyrannique. Paoli y résida à plusieurs reprises au fil des années de son généralat, particulièrement pour y prendre les eaux, mais aussi parce que l’industrieuse pieve d’Orezza avait été à l’origine des Révolutions de l’île.

Mais c’est en octobre 1790 que le couvent d’Orezza est rentré dans l’histoire à l’occasion d’une assemblée électrorale à laquelle ont participé entre autre l’ancien Général de la nation corse Pascal Paoli et le futur Empereur, Napoléon Bonaparte. SAns compter quelques-uns des ténors de la période révolutionnaire en Corse, Charles-André Pozzo di Borgo ou les frères Arena. Tous sont arrivés à cheval, la plupart depuis Bastia où ils sont venus chercher Paoli, de retour de vingt-deux ans d’exil : un cortège d’un millier de cavaliers est d’ailleurs évoqué à cette occasion. Paoli ouvre l’assemblée par un grand discours. Il y énonce les leçons de l’histoire : les Corses durant son généralat ont réussi à se gouverner aux-mêmes, sous une constitution qu’ils s’étaient librement donnée; leur gouvernement était démocratique alors même que, comme viennent de le montrer les événements les plus récents, le monde entier gémissait sous le sceptre des rois. Il tire par là les leçons de l’histoire.

La réunion d’Orezza marque la victoire des patriotes sur les monarchistes. Paoli, à l’issue de la réunion d’Orezza, est donc élu président du nouveau Conseil général ; il est aussi commandant général des gardes nationaux, il deviendra bientôt aussi chef des troupes. Il est donc à la fois à la tête des pouvoirs civil et militaire, ce qui paraît inadmissible dans l’esprit de la Constitution que l’assemblée nationale est en train d’élaborer. Mais cette situation représente sans conteste le point de vue unanime des participants de la réunion d’Orezza, les frère Bonaparte compris. Car Orezza est un des rares moments de quasi-unanimité des Corses et en tout cas du parti patriote, deux ans avant que celui-ci ne se déchire.

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